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J’enregistre, j’accumule, je collectionne, j’archive, je dresse des inventaires. Ce travail s’enracine dans une certaine fascination mêlée de suspicion devant la prolifération de l’imagerie populaire et commerciale.
Plus question d’en rajouter, plutôt essayer d’y mettre de l’ordre, de donner du sens. Ainsi l’oeuvre participe de ce déplacement de l’oeuvre-objet vers l’oeuvre-processus.
Des images et des textes sans qualité particulière, mais collectés et réunis pour leurs analogies formelles et thématiques, sont libérés de leur contexte de production, de diffusion, et sont remis en circulation via des supports pauvres et indéfiniment reproductibles : toutes impressions numériques et papiers possibles.
Je propose ainsi, suivant le questionnement d’Hans Peter Feldmann, une multitude de collections, de séries de textes et d’images, parfois retravaillés et tous absolument étrangers à l’art.
Ces détournements, ces ready-mades, ces collections de mots ou d’images, ont des allures parfois désuètes, et leur accumulation frise l’entassement amorphe. Mais la diversité des modalités de constitution, les procédures rendent ces expressions, qui encombrent le quotidien, disponibles pour des récits qui instaurent des rapports littéralement imprévus avec le réel.
Considérant le cut-up initié par William Burroughs enraciné dans une modernité négative de la rupture, je tente, à l’aide de cette technique et, tout en libérant les images et les mots de leur contexte, de déplacer une logique, de distordre les énoncés déjà constitués.
L’importation brute d’un objet ou d’un texte dans le champ esthétique, met en avant le fait que la nature causale de l’objet détourné (sa matière) ne compte pas ou très peu par rapport au geste qui l’a choisi. C’est ainsi que ces oeuvres, au-delà de leur aspect esthétique secondaire, constituent en premier lieu des bibliothèques de gestes sur matériaux.